This post is also available in: English (Anglais)

Focus – Jeudi 12 mars – 14h00

Hyperwave

Hyper Wave, fondé en 2022, est un collectif international basé à Taïwan réunissant Hung Yu-Hao, Chiu Chieh-Sen, Lin Szu-Ying, Margot Guillemot et la commissaire Lai Pei-Chun. Par une recherche structurée sur l’histoire locale, la culture et la mémoire, le collectif explore les paysages humains et environnementaux, recompose des récits situés et les relie à un réseau ouvert d’échanges. Acteur culturel, Hyper Wave anime deux lieux : Surfy Space à Yilan (résidence et espace de production) et le Zhongshan Institute of Techno-Art à Taipei (expositions, salons et échanges interdisciplinaires), reliant contextes ruraux et urbains, création et diffusion, scènes locales et internationales.

Ce programme réunit cinq œuvres d’artistes taïwanais·es et propose une trajectoire progressive : partir d’un réel identifiable pour glisser peu à peu vers le mystère et l’irréel. Au fil des vidéos, le paysage cesse d’être un simple décor : il devient une zone de trouble où la mémoire transforme, où les rites ouvrent des passages, et où le non-humain s’infiltre. D’abord témoin, le spectateur se retrouve entraîné dans un monde aux repères de plus en plus incertains.

L’Acte I s’ancre dans des scènes reconnaissables en ville, tout en introduisant une distance. Ting-Wen CHAN installe cette instabilité par un paysage en mouvement où la perception se fissure. Hung Yu Hao franchit ensuite un seuil : une procession nocturne devient un corridor temporel, chargé de spectres et de strates urbaines. Pei-chi KUO achève l’acte en faisant basculer l’histoire militaire et familiale vers une dérive ambiguë, entre fascination et inquiétude.

L’Acte II quitte le constat pour entrer dans les forces invisibles. I-Chun CHEN convoque la montagne comme territoire d’apparitions et de croyances, où peur, pouvoir et entités se confondent. Enfin, Xu-Zhan ZHANG fait basculer la réalité dans la fable : des termites rongent les câbles, l’infrastructure devient presque vivante, et la modernité révèle sa fragilité. Ensemble, ces œuvres composent un passage du tangible à l’indéterminé, jusqu’à faire du spectateur le témoin de ce qui vacille, ou de ce qui hante le territoire.

projection focus

Moving Landscape 1 | Ting-Wen CHAN | 2025 | 1’18

L’œuvre de Ting-Wen CHAN prend naissance dans sa curiosité pour la vue depuis la fenêtre d’un train : pourquoi l’œil humain peut percevoir un paysage net alors que le téléphone n’en capte qu’une image floue, et pourquoi un paysage immobile semble être en mouvement.

Afin d’explorer cette inversion entre mouvement et immobilité dans la vision, l’artiste a conçu cinq expériences. Elle a d’abord utilisé une vitesse d’obturation lente et déplacé la caméra pour créer un flou de mouvement, puis a imprimé l’image obtenue sur un grand drapeau qu’elle a replacé sur le site d’origine. Un coureur a traversé le cadre en portant le drapeau, et la scène a été filmée en haute vitesse afin de ralentir le mouvement. À travers ce processus, le paysage, le drapeau et la piste rouge se sont fondus les uns dans les autres, tandis que l’arrière-plan statique et le drapeau dynamique ont échangé leurs rôles, donnant l’impression que la relation entre mouvement et immobilité ne cesse de se transformer.

Drift II | Hung Yu Hao | 2019 | 5’00

Wanhua, l’un des plus anciens quartiers de Taipei, à Taïwan, conserve les traces de son ancienne culture portuaire, où les flux émotionnels des quartiers urbains vieillissants continuent de refaire surface. La Patrouille nocturne du Roi Qingshan est un rituel festif annuel à Wanhua, transmis depuis des siècles et toujours activement pratiqué aujourd’hui. Des troupes processionnelles parcourent jour et nuit les ruelles étroites, tissant ensemble l’imaginaire culturel du quartier et sa mémoire collective.

Les rues du quotidien deviennent des lieux de croyance partagée, portant des strates de foi et des souvenirs passés de la rue. Grâce au scan 3D, le festival est momentanément figé dans le temps, permettant aux traditions héritées et aux scènes urbaines contemporaines de se superposer au sein d’un même corridor temporel. Cette convergence évoque des présences spectrales de la rue, revenant année après année, inscrivant le présent tout en réfléchissant le passé et en esquissant des futurs possibles.

Pink Warship I | Pei-chi KUO | 2023 | 9’21

La série Pink Warship de Pei-chi KUO est une création d’images trans-temporelle qui combine ses souvenirs familiaux personnels avec la technologie de l’IA. La première œuvre, Pink Warship / (2023), s’inspire de l’histoire de son père, envoyé en mission militaire aux États-Unis pour une formation à bord de navires alors qu’elle avait trois ans.

L’artiste a mêlé ses souvenirs d’enfance, à la fois flous mais persistants, aux réalités militaires, les transmutant en un voyage maritime fantasmagorique composé de plus de 130 courts clips générés par IA. L’œuvre raconte la naissance du Pink Warship, exigée par la Seconde Guerre mondiale, ainsi que son voyage vers Taïwan. Sa palette rose adoucit la rigidité des symboles militaires, donnant forme à une contradiction sensible et assumée.

Hunter, Mountain, and Mo-shin-a | I-Chun CHEN | 2023 | 5’00

Cette œuvre s’ouvre sur une question obsédante : pourquoi le chasseur, même au plus profond des montagnes, finit-il par déposer son fusil ? Cette interrogation ne concerne pas seulement la relation entre l’être humain et la nature, mais touche aussi à la frontière fragile entre le pouvoir, la croyance et la peur. S’inspirant des souvenirs d’enfance de l’artiste dans les villages de haute montagne à Taïwan, où les récits d’esprits et d’êtres mystérieux appelés mo-shin-a imprégnaient la vie quotidienne, la pièce mobilise des images générées par l’IA et le collage numérique pour convoquer la présence spectrale de ces fantômes de la forêt.

Termite Feeding Show | Xu-Zhan ZHANG | 2025 | 15’00

Crise climatique, catastrophes énergétiques, le fantasme de l’Anthropocène et une fable de science-fiction sur les régimes alimentaires des insectes inspirée d’un fait divers réel : « Des termites rongeant des câbles électriques provoquent des pannes massives dans des villes de montagne. »

Pour s’adapter aux changements écologiques soudains engendrés par le changement climatique, les « termites » ont modifié leurs habitudes alimentaires, se tournant vers les câbles artificiels comme nouvelle source de nourriture. Dans les tunnels humides et ombragés des fourmis, des restaurants d’insectes mettent en scène des musiciens jouant des mélodies culinaires tandis que des bouchers manipulent la nourriture (des portions de viande), exhibant leur savoir-faire à travers des plats à base de câbles.

videoformes.com >